mercredi 31 octobre 2007

Mon mec, ce blaireau...

Il y a quelque chose de neuf au royaume des gays. Comme une odeur de chaussettes sales, de rots tonitruants et de la matière grasse en sachet dans les frigos. Une invasion ? Même pas. Aucun coloc bourrin ne s’est installé pendant la nuit, pas de frangin passé à l’improviste. Mais alors d’où vient ce DVD de Tarantino ? Et qui laisse traîner son album d’Eminem ? Un oeil jeté sur l’amoureux qui dort encore, vous évaluez le potentiel danger. L’ennemi est-il dans les murs ? Cet amant merveilleux cache-t-il une petite copine dans le placard ? Il était trognon hier, tout fier de terminer sa partie de Resident Evil en rentrant du taf. C’est louche, et pourtant. Vous vous faites une raison assis à la table du salon, penché au-dessus du carton de la pizza qu’il a commandée hier et sur lequel les auréoles de gras ne se comptent plus : coiffure millimétrée et teinte de peau savamment étudiée sont dépassées, mélodies 80’s et culte de la grande rousse mis de côté. Les codes old-school semblent ne subsister que dans des microcosmes illusoires où le happy hour marque l’heure de pointe. Et si c’était tant mieux ?

Un soupçon de beauf attitude ?
Mais d’où ça vient d’abord ? Qui a changé nos princes charmants en gars sympa ? Les frontières semblent ne plus tenir debout. On entend du Joe Gay Star et du BDP Fuck sur Dailymotion, abreuvés de Fatal Bazooka et son single « gay ». On parle de beat et moins de bite, qu’on préfère appeler teub. Avec un François Sagat plus crédible dans sa tenue d’ouvrier que toute l’écurie de minets bodybuildés de Belami, les productions à la Wesh cousins s’amoncellent sur les disques durs et l’on s’endort en rêvant d’un Damien Crosse à présenter à maman. Les bellâtres des séries de TF1 s’écrasent face à Wentworth Miller et ses potes prisonniers de Prison Break ou d’Oz. On parle rugby, pour la performance plus que pour le calendrier. Un héritage communautaire laisse place à de nouvelles références, les icônes se redessinent sur des pochettes d’albums hip-hop, les Sylvie Vartan s’écrasent sous le flow de petites Diam’s. Pendant ce temps-là, des hétéros overlookés se trémoussent dans les soirées tecktonik en se roulant des pelles.

Ou retour du naturel ?
Dans les sites de rencontres se succèdent des poses aux airs de teubé bienheureux avec une canette de bière et l’allure des quartiers, les vêtements s’élargissent et ne collent plus à la peau, on cherche du « look hétéro, folles s’abstenir ». L’homo nouvelle génération n’est plus l’homo qu’on attend qu’il soit. Dans les transports en commun, le métrosexuel joue la dédaigneuse accrochée à sa sacoche et à sa meuf, pendant que sur le siège d’à côté, l’homo, « le vrai », gratte sa barbe naissante en écoutant 50 Cent sur son iPod. Les poils poussent autant qu’un petit ventre, et ce n’est même plus grave. Ce week-end, entre bricolage et sieste, il ne s’agira pas de sorties en boîte entre copines, mais de fêter la victoire des bleus dans le pub de quartier. Pas de pression ailleurs que dans la pinte, plus besoin d’être exemplaire, seulement du naturel. « Ouais, moi j’suis pédé », et à la voix rien ne transparaît. Le terme ne définit plus rien, plus de panoplie, plus de moule. La liberté d’être soi, juste.

Par Antoine Dole
Sensitif, novembre 2007

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